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vendredi 15 août 2014

The many faces of Captain Jack Sparrow


Récemment sur ce blog, nous parlions de notre cher Lord à perruque poudrée, l'un des grands bad guys de la trilogie Pirates, au travers d'une petite analyse de son (sale) caractère. Aujourd'hui, attaquons-nous un peu à la substantifique moelle, le seul, l'unique, j'ai nommé Captain Jack Sparrow. Comme Beckett, Jack est un personnage complexe et fascinant, surtout lorsqu'on entreprend de creuser un peu sous les apparences pour accéder à toutes les nuances du personnage.

Commençons par une évidence, la première impression de tout spectateur, et ce qui constitue sans doute l'essence première – mais non la seule – du personnage : Jack est un mec rigolo. Il suffit qu'il ouvre la bouche, ou même qu'il se contente d'être présent dans une scène, pour que hop, on se marre. Répliques savoureuses par dizaines, expressions, gestuelle ou attitude générale : Jack Sparrow (enfin, Johnny Depp, puisque c'est bien à lui que Jack doit son succès) crève l'écran. Dès qu'il entre en scène, tous les autres personnages – aussi sympathiques ou intéressants soient-ils – deviennent plus ou moins insipides. 

(La seule exception à cette règle serait justement Cutler Beckett, qui se montre un adversaire tout à fait à la hauteur pour ce qui est des confrontations et des joutes verbales que Jack, d'habitude, remporte toujours haut la main. C'est là que le passé commun des deux protagonistes devient évident – ils se connaissent suffisamment bien, et depuis suffisamment longtemps, pour savoir exactement comment s'y prendre l'un avec l'autre. Je trouve bien dommage que Jack et Beckett ne partagent qu'une seule scène dans toute la trilogie, parce que l'alchimie entre les deux personnages est extrêmement réussie.)

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Jack et Beckett à bord du HMS Endeavour dans At World's End.

D'ailleurs, à l'origine, Jack Sparrow ne devait être que ça : un type marrant. Un personnage secondaire, un élément comique, un faire-valoir du véritable héros du film : Will Turner. Will, le héros disneyien par excellence, sorte de Errol Flynn version 2003 – jeune, beau et courageux, risquant noblement sa vie pour sauver et conquérir sa belle demoiselle en détresse, prisonnière des méchants flibustiers. Dans la première version du scénario, le personnage principal, c'était lui. Il faut dire que Jack, pour sa part, n'a pas tellement le profil du "prince charmant" classique de chez Disney. Jack est un pirate, un criminel, un hors-la-loi. Jack est voleur, menteur et manipulateur, boit beaucoup de rhum et couche avec beaucoup de filles. (Sans parler du fait que Jack est plus maquillé que toutes lesdites filles réunies, qu'il a des dreadlocks et des perles sur la tête et une démarche plus féminine que celle d'Elizabeth Swann dans ses meilleurs jours.)

Mais voilà – Gore Verbinski et son équipe ont été assez intelligents pour non seulement surmonter leurs doutes initiaux à propos des excentricités de Mr. Sparrow, mais également pour décider que le personnage à succès, dans l'affaire, c'était lui. Peu orthodoxe pour un film Disney, certes, mais tellement plus original que le "beau gosse" vu et revu sous toutes ses formes (ceci étant dit, je n'ai strictement rien contre Will, qui est tout aussi nécessaire au film que Jack). Du coup, hop, réécriture complète du scénario, faisant de Jack le (anti-)héros incontesté du film. La suite, on la connaît : le succès est immédiat, Johnny Depp rafle tous les prix, et Jack Sparrow est vite hissé au rang de personnage culte.


Nous avons donc un Jack qui nous fait bien rigoler. Un Jack qui apparaît à première vue comme un personnage roublard, baratineur, sûr de lui et avec un ego un brin surdimentionné. Du moins est-ce sous ce jour-là qu'on le retrouve dans la plupart de ses scènes. Mais ce qui fait de Jack le personnage si génial et si attachant qu'il est, c'est que justement, il n'est pas que ça. Il se comporte bien souvent avec cette espèce de nonchalance, de légèreté et de cynisme comique, mais il y a aussi une vraie personnalité derrière, de vraies nuances, une vraie profondeur. Et ce sont les moments où l'on découvre le "vrai" Jack, celui qui se dissimule derrière sa façade de joyeuse insouciance, qui font toute la richesse du personnage.

Prenons, par exemple, la scène du premier film, The Curse of the Black Pearl, où Jack tue Barbossa – ou il utilise enfin l'unique balle de son pistolet, précieusement conservée pendant dix ans pour assouvir sa vengeance sur son ancien second, responsable de la mutinerie qui lui a coûté son navire. L'attitude de Jack à cet instant précis, voyant Barbossa qui s'écroule après qu'il lui ait tiré une balle dans la poitrine, en dit long sur son personnage. L'expression de son visage est inhabituellement sombre et grave, sans la moindre trace de son habituel détachement, et encore moins d'une quelconque satisfaction. Il n'a visiblement pris aucun plaisir à tuer froidement son ennemi. Il a simplement mis a exécution ce qu'il s'était promis pendant dix ans (oui, Jack Sparrow est quelqu'un de très rancunier...), et on voit clairement qu'il saisait tout le poids d'un tel acte. S'il y a bien une chose que Jack n'est pas, c'est un meurtrier ou quelqu'un de violent.

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Jack tuant Barbossa à la fin de The Curse of the Black Pearl.

Une autre séquence qui me vient à l'esprit est celle du troisième film (At World's End) où Jack, Barbossa et leur équipage découvrent sur une plage le cadavre du Kraken, la monstrueuse bestiole sous-marine de Davy Jones, tuée sur ordre de Beckett. L'occasion pour les deux capitaines de se lancer dans une conversation très sérieuse, et étrangement touchante, à propos de la tournure que prend le monde sous l'emprise grandissante de la East India Trading Company, qui met progressivement fin au règne libertaire des flibustiers dans les Caraïbes. Une fois n'est pas coutume, Jack abandonne son attitude bravache et optimiste, et exprime des regrets et une nostalgie teintés d'amertume. "The world used to be a bigger place", lui dit Barbossa. Ce à quoi il répond : "World's still the same. There's just... less in it."

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Jack et Barbossa devant le cadavre du Kraken dans At World's End.

Parmi les précieuses petites scènes qui permettent au spectateur de découvrir plus en profondeur le caractère de Jack, certaines ont malheureusement été coupées du montage final des différents films. Par exemple, la séquence de The Curse of the Black Pearl où Jack et Elizabeth se retrouvent isolés sur l'île déserte comportait, à l'origine, une scène supplémentaire. Elizabeth vient d'apprendre que Jack s'était précédemment échappé de l'île en marchandant avec des trafiquants de rhum, ce qui ne semble pas vraiment correspondre aux illustres aventures du célèbre pirate telles qu'elles les avait lues dans ses livres. Visiblement déçue et furieuse contre lui, Elizabeth lui demande si les autres histoires, elles, comportaient une part de vérité. Ce à quoi Jack répond en lui montrant, sans aucun commentaire, les diverses cicatrices qu'il porte sur le corps – la marque au fer rouge en forme de 'P' déjà entrevue plus tôt dans le film, d'impressionnantes cicatrices sur l'avant-bras gauche, les marques de deux blessures par balle sur la poitrine. Elizabeth accuse le coup, choquée. "No truth at all", conclut Jack, avec une bonne dose de ressentiment et d'amertume dans la voix.

Cette scène méritait sans nul doute, selon moi, d'être inclue au film – parce qu'elle dévoile une nouvelle facette de la personnalité de Jack, plus sincère, plus sombre aussi, et parce qu'elle montre bien que même si Jack a une imagination débordante lorsqu'il s'agit d'enjoliver ses folles aventures passées, la légende qui l'entoure n'est quand même pas basée que sur du vent. C'est là qu'on réalise, en même temps qu'Elizabeth, qu'il a dû en voir des vertes et des pas mûres au cours de sa carrière de pirate, et ça ajoute une dimension au personnage.

"No truth at all."

Un autre exemple de scène coupée se situe au cours de la confrontation tant attendue de Jack Sparrow et Cutler Beckett dans At World's End, lorsque tous deux se retrouvent à bord du HMS Endeavour, le vaisseau de Beckett. La scène que l'on voit dans le film est une version raccourcie et modifiée du montage original. Dans la version "courte", Beckett fait une très vague allusion au passé commun qui unit les deux hommes, sans qu'on sache exactement de quoi il retourne (la seule information dont dispose le spectateur étant que Beckett est responsable de la marque au fer rouge de Jack). Dans le montage initial, les allusions sont beaucoup plus précises : Beckett rappelle à Jack la raison pour laquelle il l'a marqué au fer rouge (Jack travaillait pour Beckett et était chargé de transporter des esclaves ; au lieu de quoi il les a libérés). Jack répond, d'une voix grave et basse, presque comme pour lui-même : "People aren't cargo, mate." On devine clairement toute la rancœur que ressent Jack vis-à-vis de Beckett à cet instant, et on voit bien qu'il a encore ce passé en travers de la gorge.



Je n'arrive pas à comprendre pourquoi cette scène a été supprimée du montage final. À mon sens, elle est essentielle. Premièrement parce qu'elle apporte, encore une fois, une nouvelle dimension au personnage de Jack, une dimension qu'on ne lui soupçonnait pas : il apparaît ici comme quelqu'un de sincèrement altruiste, désintéressé, prêt à risquer sa propre vie (ou en tous cas sa liberté) pour sauver celle des autres. Certes, on avait déjà pu constater que Jack était un type bien, mais le découvrir à ce point dépourvu d'égocentrisme et agissant dans le seul intérêt d'autrui (alors que d'habitude, il serait prêt à vendre père et mère pour se sortir d'une situation à son avantage), c'est nouveau. Et avec ça, on ne peut que l'aimer encore un peu plus, n'est-ce pas ?

La deuxième raison est que cette séquence constitue la réponse à LA question que se posaient tous les fans depuis qu'ils avaient vu le deuxième film, Dead Man's Chest : mais que diable s'est-il passé entre Jack et Beckett ? Dans Dead Man's Chest, Beckett mentionne la fameuse marque au fer rouge à Will, sans qu'on en connaisse les circonstances ou les raisons. Dans la version cinéma du troisième opus, cette question n'est toujours pas résolue, étant donné que l'histoire des esclaves n'apparaît que dans les bonus du DVD... Ce qui constitue une sérieuse imprécision narrative. Une des leçons élémentaires de l'écriture de scénario est que lorsqu'on ouvre un "chaînon" (une sous-intrigue), il faut impérativement le refermer... Ce qui n'est pas le cas ici, la question restant en suspens. Alors, pourquoi ne pas avoir rallongé At World's End de deux ou trois malheureuses minutes pour apporter une explication aux spectateurs ?

(Ceci étant dit, toute erreur a du bon : c'est ce questionnement autour de la marque au fer rouge et du passé entre Jack et Beckett qui a donné lieu à de nombreux débats sur les forums dédiés à la trilogie, et ce sont ces débats qui, à leur tour, m'ont poussée à résoudre le mystère à ma façon – en écrivant ce qui deviendrait le premier chapitre de Birth of a Pirate... et le début d'une longue aventure littéraire !)

Les scènes analysées ci-dessus ne sont que quelques exemples du développement de la personnalité de Jack Sparrow. Une personnalité plus riche, plus diversifiée et plus complexe que ce qu'il y paraît au premier coup d'œil. Évidemment, Jack est loin d'être un personnage torturé comme peut l'être un Davy Jones ou un James Norrington, mais lui aussi a un côté plus sombre, moins léger et moins insouciant que l'image qu'il veut bien véhiculer autour de lui. Et ce sont précisément ces "failles", pour ainsi dire, qui rendent le personnage aussi attachant.

jeudi 14 août 2014

L'art de la documentation

Aaah, la documentation... Étape essentielle si l'on travaille sur toute fiction un tant soit peu historique. (Or, mon roman Birth of a Pirate a beau être basé sur une trilogie de films qui comporte des messieurs à face de poulpe, des pirates zombies et des malédictions aztèques, il n'en reste pas moins que le cadre spatio-temporel, lui, est réel : l'Europe, l'Afrique et les Caraïbes au début du XVIIIe siècle.)

Lorsque j'ai commencé à écrire, la documentation, je n'en avais pas grand-chose à faire (et encore, ceci est un euphémisme). J'écrivais sans rien connaître de plus que les trois films de Verbinski, et je m'en contentais très bien. Et du coup, sans le savoir, j'agrémentais mon récit de tout un tas de petites (voire grosses) incohérences historiques. Ce n'est qu'en commençant un long travail de relecture quelques années plus tard que je m'en suis rendue compte. Quoi, toute une partie de mon histoire se passe au Ghana alors que le Ghana n'existait pas en 1710 ? Comment ça, la durée d'un voyage entre l'Angleterre et l'Afrique de l'Ouest ne dure pas seulement deux malheureuses semaines ? Ah tiens, les concepts d'antisepsie et d'infection bactérienne n'étaient pas encore connus à cette époque ?

Alors je me suis dit qu'il fallait remédier à tout ça – et j'ai commencé à faire des recherches. Je craignais que ce soit un brin fastidieux (après tout, je n'ai jamais été intéressée par mes cours d'histoire au lycée...), mais en fait, ça m'a plu, et pas qu'un peu. Parce que c'étaient des sujets qui m'intéressaient. J'ai toujours été fascinée par l'univers de la piraterie, je voue une passion sans bornes à la marine ancienne, je suis une grande curieuse de l'histoire de la chirurgie ou de l'évolution du système judiciaire au fil des siècles... Alors quand j'ai parcouru des sites Internet et des bouquins (Google Books et la bibliothèque municipale de ma ville sont mes amis) à la pelle pour glaner des infos, j'ai appris un tas de choses passionnantes. 

J'ai exploré la vie quotidienne des marins à bord des navires à voile, et celle des colons sur les îles des Indes Occidentales. J'ai lu des pages et des pages sur l'organisation de la East India Company, sur les principaux repaires de pirates au XVIIIe siècle ou sur le fonctionnement du commerce triangulaire et de l'esclavage. J'ai appris en détail comment on soignait une blessure par balle dans les années 1700, à quoi ressemblaient les comptoirs britanniques fortifiés sur les côtes africaines, quels étaient les différents grades ou les différents châtiments corporels en usage au sein de la Royal Navy. J'ai étudié en long, en large et en travers des centaines de pages Wikipedia, des dizaines d'extraits de bouquins (d'époque ou non) et de sites spécialisés, des centaines de peintures, de gravures ou d'illustrations qui représentaient la réalité de l'époque.


Évidemment, du coup, j'ai appris un nombre de choses assez conséquent. Au final, à peine 10% du fruit de ces recherches figurera tel quel dans Birth of a Pirate. Ce qui, je l'admets, est assez frustrant. Lorsqu'on maîtrise bien un sujet, on a toujours envie de caser tout ce qu'on sait – mais c'est là le danger de la documentation. On écrit un roman, pas une leçon d'histoire. Il faut arriver à disséminer dans notre histoire un petit détail par-ci par-là, qui donneront une impression globale de "Tiens, cette fille sait de quoi elle parle". Un nom de lieu, la description d'un endroit précis, quelques termes techniques de la marine à voile... Le tout sans tomber dans l'étalage de culture (vous savez ce qu'on dit, c'est comme la confiture... Moins on en a, plus on l'étale). 

En ce moment, je suis en pleine relecture de mon roman, et étant donné que j'ai beaucoup plus de connaissances sur tout un tas de sujets qu'auparavant, je suis toujours tentée de rajouter plein de détails dans chacun de mes chapitres (notamment ceux qui traitent de l'esclavage, puisque leur premier jet manquait franchement de précisions). J'essaye constamment de trouver le juste milieu entre ne rien dire et trop en dire. Pas si simple ! (Quand je lis The Price of Freedom d'Ann Crispin, je me dis régulièrement que l'auteur a sans aucun doute fait de grosses recherches. Et pourtant, elle ne raconte pas grand-chose de purement historique dans son bouquin - mais c'est l'impression qui en ressort, et c'est à ça qu'il faudrait arriver.)

Alors voilà – Birth of a Pirate m'aura permis non seulement de progresser en matière d'écriture, mais m'aura aussi permis de devenir une experte ès piraterie et navigation option XVIIIe. (Maintenant, je n'ai plus qu'à mettre la théorie en pratique en embarquant sur un vieux trois-mâts pour une croisière autour du monde. Ma vie sera alors complète.)

vendredi 9 mai 2014

It's all about Beckett

Pour ne rien vous cacher, ce cher Cutler Beckett (qui n'est pas encore Lord à l'époque où se déroule Birth of a Pirate) est l'un de mes personnages favoris. Pas juste de l'univers de Pirates (dans lequel il EST mon peronnage favori, en dehors bien sûr du one and only Captain Jack Sparrow), mais de la fiction tout court. En règle générale, j'ai une fâcheuse tendance à aimer les "méchants" dans les livres ou les films, et Beckett, c'est du level, mes amis. Un bon vieux bad guy comme on les aime.

Mais ce qui est intéressant avec Beckett, c'est qu'il n'est pas univoque. Les gens ont tendance à simplifier un peu trop le personnage, à en faire un méchant typiquement Disneyien (logique, en même temps : il est dans un film Disney), le genre cruel et machiavélique qui se frotte les mains avec un rire triomphant genre "Je suis le maître du monde muahaha". Un type purement sadique qui tue pour le plaisir et égorge des chatons le weekend. Personnellement, des termes comme "cruel" et "sadique" me dérangent un peu, parce que ce n'est pas comme ça que je vois Beckett. La définition du sadisme, c'est le fait d'éprouver du plaisir à voir ou faire souffrir quelqu'un ; et dans le cas de Beckett, je dirais qu'on est dans le faux.

Alors certes, je ne dis pas que Cutler Beckett est un type bien. Il commet (directement ou indirectement) des atrocités, on est d'accord. En témoigne notamment la scène d'ouverture de At World's End, où l'on assiste à une série de pendaisons à la chaîne, hommes, femmes et même un gamin d'une douzaine d'années – exécutions orchestrées par Beckett en personne, qui sirote tranquillement son thé pendant que ça se passe. Pendre des enfants (pendre des gens tout court, à vrai dire), c'est pas cool. Mais je ne dirais pas pour autant qu'il le fait pour le plaisir. Il le fait parce que c'est son job. C'est la loi. Il attrape un pirate = hop, peine de mort. Je pense que Beckett ne se pose pas la question de savoir si c'est bien ou mal ; il applique, c'est tout. Il respecte les règles officielles, sans chercher plus loin, avec froideur et détachement. C'est un mec totalement dépourvu d'empathie.

On le constate aussi dans le bouquin The Price of Freedom, lorsqu'il parle avec Jack du trafic d'esclaves auquel s'adonne la East India Trading Company ; pour lui, c'est comme si l'être humain n'entrait même pas en ligne de compte. C'est du commerce, point barre. Et c'est lucratif. Donc il le fait, sans aucun scrupule. Encore une fois, ça n'a rien à voir avec de la cruauté –  il n'a pas envie de faire souffrir les esclaves en question. Disons que c'est juste un "dommage collatéral" de son petit business... Tout ce qu'il entreprend, il le voit sous cet angle-là : si c'est conforme à la loi, et si ça rapporte, il le fait. Comme il le dit à plusieurs reprises dans la saga : "It's just good business". C'est exactement ça.

L'affaire avec Jack Sparrow, en revanche... Là, c'est peut-être un peu différent. Parce que – en dépit de ce que Beckett assure à Jack dans les films – c'est personnel. Il y a l'aspect judiciaire et officiel de l'affaire, bien entendu : le "délit" commis par Jack, à savoir libérer les esclaves qu'il était censé transporter à bord de son navire, relève (quoiqu' indirectement) de la piraterie (c'est un acte de vol contre la East India Company, et c'est un acte de vol en mer = piraterie). D'un point de vue légal, donc, Cutler Beckett était en droit, et même en devoir, de punir son employé ; après, pourquoi la marque au fer rouge et pas la pendaison, je n'en sais trop rien. Beckett lui a peut-être fait une fleur – après tout, Jack était pour ainsi dire l'un des siens, il travaillait pour la Company. Eut-il été un "vrai" pirate à l'époque, je pense qu'il n'y aurait pas eu de traitement de faveur qui tienne (si on peut appeler ça comme ça).


Mais il y a aussi, et peut-être surtout, l'aspect personnel de la chose. Après l'histoire des esclaves, Beckett a les boules contre Jack, c'est certain. Dans mon roman, j'ai tenté d'expliquer les raisons de cette rancœur (je vous laisserai les découvrir, ne spoilons pas tout, mes enfants !) ; dans The Price of Freedom, A.C. Crispin propose ses propres raisons, assez différentes mais également valables. Du coup, Beckett a envie de faire payer Jack, envie de se "venger". C'est notamment la raison, à mon sens, pour laquelle il décide de marquer Jack au fer rouge lui-même, plutôt que de laisser la besogne à ses hommes de main (on sait tous que son bras droit Mercer est là pour ce genre de trucs). C'est la manière de Beckett de dire "T'as cru que tu pouvais me couiller, eh ben voilà ce qui arrive." Et là, effectivement, il se pourrait qu'il y éprouve une certaine satisfaction.

(Apprécions au passage la double ironie de toute cette histoire : d'une part, Jack est puni non pas pour un réel crime, mais pour un geste juste, humain et altruiste qui fait définitivement de lui un mec bien ; et d'autre part, avec cette marque, c'est Beckett lui-même qui est responsable de la "carrière" de Jack dans la piraterie... Sans ce 'P' au fer rouge sur le bras qui l'empêchait de toute façon d'exercer une occupation légale et honnête, Jack ne serait peut-être jamais devenu pirate du tout. C'est con, hein ?)

Bref – Cutler Beckett est un bad guy, certes, mais un bad guy complexe, et ça, j'aime bien. Il est méchant, mais dans les limites de la loi, quoi. Officiellement parlant (officiellement selon les standards un brin douteux des années 1710-1720, je précise), il n'a rien fait de répréhensible, jamais. (Non, ce qui était répréhensible, à l'époque, c'était de s'opposer à la traite d'êtres humains, tiens donc.) Inutile de dire que je me suis bien éclatée à écrire les passages de Birth of a Pirate du point de vue interne de ce personnage... D'ailleurs, c'est drôle, parce que le premier chapitre du roman, celui que j'avais écrit de façon quasi-automatique, celui qui était censé être un one-shot sans suite, est écrit du point de vue de Beckett. Spontanément, sans réfléchir à la forme de la narration, c'est dans sa peau à lui que je me suis glissée pour écrire – pas dans celle de Jack, qui serait pourtant le choix le plus évident. Il faut croire que je me plais bien dans la tête de Beckett... Du coup, je ne perds jamais une occasion de rédiger un passage de son point de vue, venant entrecouper le récit principal des aventures de Jack Sparrow. Il est fascinant, que voulez-vous. Chapeau bas, Ted & Terry, pour avoir pondu notre cher Lord à perruque poudrée...

lundi 5 mai 2014

Histoires de couv'

Puisque mon projet Birth of a Pirate sera bientôt complet et prêt à être publié, je me pose régulièrement la question de la couverture. C'est important, une couverture. C'est le premier contact du lecteur avec le livre, c'est l'élément qui peut le pousser à acheter l'ouvrage en question, ou au contraire le faire fuir à grands pas. Et c'est vachement plus difficile à choisir que ça en a l'air.

Comme je suis dessinatrice, naturellement, ma première impulsion a été que j'allais l'illustrer moi-même, cette couv. Après tout, je suis en train de fabriquer ce livre de A à Z avec mes blanches mains, alors ce serait assez classe de boucler la boucle en créant même la couv. Ceci dit, je ne suis pas sûre que mon style de dessin corresponde à ce que je recherche pour ce cas précis. Mon style n'est pas réaliste. Il est plutôt BD franco-belge, voire illustration jeunesse. Et je ne veux pas de feeling "jeunesse" sur la couverture de Birth of a Pirate. Même si le roman peut certainement être lu par des jeunes (tout comme les films de la trilogie Pirates of the Caribbean peuvent être vus par des jeunes), je tiens à me démarquer des bouquins de la série Young Jack Sparrow de Rob Kidd, qui, eux, étaient clairement destinés aux gamins. J'aime à penser (à tort, peut-être) que mon roman à moi peut parler à des adultes autant qu'à des ados, de la mème manière que les films de Gore Verbinski peuvent plaire à tout âge. Je cherche donc une couv' qui serait adaptée à cet aspect "tout public".

Alors si la couv doit comprendre une illustration, je verrais plutôt un style réaliste. Pas photoréaliste, mais en tous cas beaucoup plus réaliste que le mien. L'illustratrice qui me vient spontanément à l'esprit est la très douée Magali Villeneuve (dont je ne pourrai certainement pas me payer les services, on est d'accord). Un exemple de ses travaux :

 © Magali Villeneuve

La question, pour autant que j'engage un illustrateur pour me dessiner ma couv, est : que va-t-il y avoir dessus ? C'est un choix difficile. D'autant plus difficile que depuis que j'ai reçu mon exemplaire de The Price of Freedom de A.C. Crispin, je suis plus ou moins inconsciemment influencée par la couverture ce ce bouquin – elle est sublime, soit dit en passant. Comme avec le titre, c'est le genre de couverture que j'aurais aimé utiliser moi-même si elle n'avait pas déjà été prise. Elle irait parfaitement avec mon roman, puisque les navires et le voyage en mer y occupent une place prépondérante, comme dans toute histoire de pirates digne de ce nom, hein.


Il est intéressant de noter que cette couv, choisie par Disney et représentant le Wicked Wench (le navire de Jack), n'était pas la première version créée. À la base, ils avaient opté pour une illustration en noir et blanc qui représentait un jeune Jack Sparrow à bord d'un navire, avec les traits de Johnny Depp très clairement reconnaissables. Je ne sais pas exactement pourquoi cette version a été abandonnée – je crois que Disney a pensé que ce jeune Jack, qui n'a pas encore le look qu'il a dans les films, ne serait pas identifiable du premier coup d'œil (mais enfin, un navire vu de loin n'est pas non plus reconnaissable du premier coup d'œil, je dirais). Bref, du coup, ils ont mis la fameuse tête de mort sur la quatrième de couv, le logo de la saga Pirates en quelque sorte. (Il me semble avoir lu que la première version a également posé problème à Johnny Depp, qui n'était pas très enthousiaste à l'idée de voir sa propre tête sur le bouquin – mais je ne sais pas si cette rumeur est vraie ou non). Pour ma part, je trouve les deux couv très belles, mais il est clair que le plan d'ensemble sur le Wicked Wench traduit un côté "épique" devantage qu'un plan rapproché sur un personnage.


Au niveau du style d'illustration, je pensais à quelque chose de ce genre pour ma propre couv (mais en couleurs, plutôt). Ceci dit, je pense que je préfère un plan d'ensemble, un "décor", plutôt qu'un personnage ou une scène du bouquin. C'est comme pour les affiches de films : je préfère quand on voit quelque chose de plus général, et pas les têtes des acteurs alignées en haut de l'affiche. 

Mais en termes de décor, que choisir ? Le bateau, c'est hors de question, je ne vais pas reprendre l'idée de The Price of Freedom (eh merde, si j'avais publié mon roman plus vite et avant celui d'Ann Crispin, j'aurais eu la voie libre !). Alors quoi ? Quels sont les lieux emblématiques de Birth of a Pirate, ou tout simplement les lieux où se déroule l'action ? Nous avons Shipwreck Cove (mais le lieu joue un rôle assez secondaire dans le bouquin). Nous avons les îles caraïbes, avec cocotiers et sable blanc (mais ça ferait ressembler le livre à une brochure d'agence de voyage). Nous avons les rues pluvieuses de Londres (mais Jack quitte Londres vite fait bien fait après les premiers chapitres, et Londres n'est pas un décor très piratesque, avouons-le). Hélas, le plus clair de l'action se passe à bord de divers navires – le Wench, le Pearl, le Juggernaut, et tous les autres bateaux sur lesquels Jack passe plus ou moins de temps au cours de ses aventures. Une fois les navires rayés de la liste, il ne reste plus quarante solutions... Et il faut tout de même que le lieu représenté ait une raison d'être, une vraie signification. S'il s'agit d'un endroit où le roman ne s'attarde pas plus que cinq minutes, ce n'est pas la peine. Pour le moment, j'ai beau chercher, le décor parfait pour la couv ne me vient pas à l'esprit.

Et si je décide d'oublier l'idée du décor, alors quoi ? Dois-je faire la part belle aux personnages sur la couverture du roman ? Faut-il que Jack Sparrow en soit le point central, et si oui, à quelle étape de l'histoire doit-on le représenter ? On a le Jack employé de la East India Trading Company, en uniforme bleu et blanc, les cheveux bien sagement attachés dans la nuque. Ou alors le Jack post-East India Co., celui qui commence à fréquenter le milieu de la flibuste et qui troque l'uniforme contre chemises en lin, pantalons à rayures et bottes à revers. Lequel choisir ? Et quid des autres personnages susceptibles d'apparaître sur la couv ? Beckett, Bill Turner, Barbossa, Teague, Davy Jones... Autant de personnages qui pourraient y figurer, sans compter les personnages que j'ai créés moi-même et qui ont également un rôle important à jouer dans le roman. Mais je suis assez réticente à l'idée de représenter des personnages sur la couv. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j'ai l'impression qu'il y a un côté "jeunesse" qui transparaît très souvent de couvertures "à personnages"...

Je me suis même demandé si une illustration est la bonne solution tout court. Généralement, en matière de graphisme, je suis assez adepte du less is more, de lignes très épurées, de polices de caractère simples et sans fioritures. Puisque j'aimerais que la couverture de Birth of a Pirate soit dirigée (aussi, voire avant tout) vers un public adulte, serait-il judicieux d'opter pour une couv sans image, avec juste du texte et un peu de graphisme, à l'image de nombreux livres de poche pour adultes ? Un truc comme ceci, par exemple :

  

C'est simple, c'est joli, c'est efficace, c'est tout ce que j'aime. Mais encore une fois, je m'interroge... Une couv de ce genre ne perdrait-elle pas l'aspect tout public/avenure/Disney du roman ? Après tout, on parle de Pirates of the Caribbean. On parle de pirates, de bateaux, de monstres marins, d'aventures et d'humour, destinés aux grands et aux petits. Avec une couverture très sobre comme les deux ci-dessus, je vise clairement les adultes, mais je perds les ados et les plus jeunes, c'est quasi-certain. Je pense que ce genre de couv ne correspond pas à l'univers, à la "ligne éditoriale" de la saga Pirates.

Bref, beaucoup de questions et beaucoup de prise de tête, et aucune réponse pour le moment ! Il faut que je prenne le temps de réfléchir, de faire des croquis, d'en parler autour de moi (bien que pour l'instant, je tente de garder le secret sur cette publication, c'est la surpriiise !). Je finirai bien par trouver. En attendant, comme toujours, toute suggestion est la bienvenue !

dimanche 4 mai 2014

Éloge de la fanfiction (ou presque)


(Pour ceux qui ne savent même pas ce qu'est la fanfiction, je vous 
conseille de commencer par aller lire ceci, bande de fossiles.)

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je préciserai une chose : j'ai beau dire du mal de beaucoup d'aspects de la fanfiction, je reste persuadée que c'est un merveilleux moyen de travailler son imagination et son écriture, et je trouve que la rédaction d'une fanfic, que ce soit par un débutant total ou un auteur confirmé, est une excellente chose que j'encourage vivement. (Même si le résultat est merdique. You tried.)

Ceci étant dit, je peux balancer sec et être méchante. Allons-y.

Lorsqu'on raconte à quelqu'un que l'on lit – ou pire, que l'on écrit ! – de la fanfiction, il y a deux grands types de réaction. La première, c'est "Bwahaha, trop pourri la fanfiction, c'est un truc d'ado hystérique, c'est pathétique, c'est moche, c'est mal écrit, c'est de la merde, tais-toi et meurs". La seconde – et elle est encore trop rare à mon goût – c'est un "Oh tiens ?" intéressé, tout du moins aussi intéressé que si on avait parlé de "vraie" littérature, j'entends par là de littérature "originale" (et encore, le terme se discute). Et ces deux réactions sont finalement assez légitimes – le problème, c'est que la première revient quand même vachement plus fréquemment que la deuxième. M'enfin bon, pas tout à fait à tort : en fanfiction, on trouve le meilleur comme le pire. C'est comme le shopping chez H&M : il faut fouiller dans la masse des trucs nazes pour en tirer LA pièce de qualité, et parfois, on est découragé devant l'ampleur de la tâche.

C'est sûr, de la merde, il y en a. Une bonne partie des fanfictions est écrite par des petites fangirls (oui, 95% des auteurs de fanfic sont des filles, que voulez-vous...) de 12-13 ans, qui vont vous rédiger leur histoire en langage quasi-SMS, bourré de fautes d'orthographe et avec une syntaxe déplorable, avec pour seule idée d'assouvir leurs fantasmes plus ou moins avoués sur leurs personnages de fiction favoris. Et quand je dis fantasme, je ne parle pas d'amourette mignonnette adaptée à leur âge, je parle de porno pur et dur. Oui, ce sont souvent les nénettes de 14 ans qui vont détailler sur trente page les ébats torrides de Bella et Edwââârd ou de Harry Potter et Draco Malfoy (ai-je mentionné que les auteurs de fanfiction ont le chic de mettre de l'homosexualité partout où il n'y en a pas ? Tout le monde baise avec tout le monde, et entre hommes, c'est encore mieux). Alors évidemment, pour peu que nous, lecteurs, ayons plus de 13 ans et un minimum de jugeotte littéraire, nous levons les yeux au ciel devant tant de médiocrité, tant sur la forme que sur le fond (je ne saurais dire laquelle des deux peut être le plus terrible, les deux atteignent parfois des sommets assez impressionnants).


Mais voilà, la fanfiction, ce n'est pas que ça. Ce n'est pas seulement le rendez-vous sexuel des fans de Twilight. C'est aussi un excellent moyen de créativité, que ce soit pour les auteurs débutants ou confirmés, amateurs ou professionnels. Les gens pensent que nous écrivons de la fanfiction parce que nous sommes incapables de créer nos propres personnages, notre propre univers. C'est faux. La fanfiction est un choix, pas une solution de repli (certains écrivains publiés et célèbres continuent d'ailleurs à en écrire, juste pour le plaisir). C'est l'envie d'explorer plus en profondeur les personnages qu'on apprécie, de répondre à des questions que l'œuvre d'origine a laissées dans le vague, d'écrire une suite, un prequel, une scène coupée, de réécrire l'histoire du point de vue d'un autre personnage, de partir sur des "Et si...", d'inventer quelque chose de tout nouveau en se basant sur un univers que l'on connaît et que l'on aime. Et le résultat est parfois excellent, il n'y a pas d'autres mots. Qu'on se le dise : j'ai lu sur Internet des fanfics vingt fois supérieures, tant au niveau de l'histoire que du style, à certains ouvrages publiés (Stephenie Meyer, je te parle). J'ai dévoré des fanfictions avec le même enthousiasme que pour mes bouquins préférés, j'ai guetté les mises à jour avec la même impatience que s'il s'agissait d'un épisode de Game of Thrones, j'ai rigolé, j'ai versé ma petite larmichette, j'ai commenté, critiqué, reviewé, adoré.

Alors oui, toute fanfiction n'est pas de la littérature. Parfois, c'est de la daube. Mais parfois, c'est de l'art. Et par moments, la frontière entre fanfiction et fiction originale est difficile à discerner. Prenons ces bouquins "Univers étendu", qui suivent presque immanquablement toute œuvre ou saga à succès : les BD sur Star Wars, les romans sur Pirates of the Caribbean, les innombrables suites à Pride and Prejudice de Jane Austen... Ce sont des ouvrages publiés, souvent commandités. Les auteurs sont payés pour. Et pourtant, c'est bien de fanfiction qu'il s'agit, n'est-ce pas ? C'est de la fiction écrite par, et pour, les fans. C'est une histoire reprenant un univers et des personnages déjà existants. Beaucoup n'acceptent pas cette appellation, parce que beaucoup considèrent le terme "fanfiction" comme étant péjoratif – comme s'il impliquait nécessairement un côté cheap,  bâclé, amateur. Mais non. Une bonne fanfiction peut être de qualité équivalente à la meilleure des œuvres originales. Et les meilleures fanfictions ne sont d'ailleurs souvent pas celles qui sont officiellement publiées, mais celles qui restent dans l'ombre et l'anonymat.

Et que dire, alors, de sagas à succès telles que le (tristement) fameux Fifty Shades of Grey, qui était au départ, ne l'oublions pas, une fanfiction sur Twilight publiée par une jeune femme sur Internet comme dix mille autres fanfics du même acabit ? Les amateurs de cette sous-littérature érotico-SM (atrocement mal écrite, soit dit en passant) ont l'air d'avoir soigneusement oublié que leurs héros favoris s'appelaient autrefois Edward Cullen et Bella Swan, alias le vampire-à-paillettes et la fille-mono-expression-faciale. On nous a vendu la trilogie Fifty Shades comme LA nouveauté de la décennie, alors que E.L. James n'était qu'une fangirl en manque d'histoires de cul qui assouvit ses fantasmes Twilight-esques sur le beau Edwââârd en écrivant du sado-maso. Trois mois plus tard c'était un best-seller international. Allez savoir.


Ainsi, à tous ceux qui appartiennent à la première catégorie dont je parlais plus haut (vous savez, la catégorie de "Bwahaha, trop pourri la fanfiction, c'est un truc d'ado hystérique, c'est pathétique, c'est moche, c'est mal écrit, c'est de la merde, tais-toi et meurs"), je dis : OUI, je lis de la fanfiction. Et OUI, j'en écris. Non seulement j'en écris, mais j'ai écrit un putain de roman de fanfiction. Et j'en suis fière. Aussi fière que si j'avais pondu un roman original, aussi fière que si tous les personnages et tout l'univers venaient de moi. Parce que ça reste de la création. Ça reste un exercice de style. L'imagination est tout aussi nécessaire, et les aptitudes littéraires aussi (en toute humilité, hein). Certes, les personnages sont déjà là (enfin, certains d'entre eux), certes, le cadre spatio-temporel a été défini au préalable. Mais il n'en reste pas moins que j'ai mené mes recherches, rassemblé ma documentation, développé la psychologie de mes personnages (justement pour ne pas faire un simple copié-collé de ce qu'on me servait sur un plateau dans l'œuvre d'origine), fait fonctionner mes méninges pour inventer une trame, des péripéties, des aventures. Bref, j'ai bossé. Sans doute autant, même si différemment, que si j'avais créé mon roman de A à Z sans base existante.

Voilà. Je tenais à remettre les pendules à l'heure sur tout le bien (et tout le mal) que je pense de la pratique de la fanfiction. Libres à vous de vous y intéresser ou pas, chers amis, mais dépassez vos a priori : fanfic ne rime pas systématiquement avec ado attardé, fantasmes douteux, personnages gays-alors-qu'à-la-base-non et vampires de Twilight. Et si certains auteurs se font des couilles en or en publiant de la "fanfiction officielle" de qualité plus ou moins respectable, beaucoup en écrivent pour le plaisir, s'éclatent comme des petits fous, et pondent des trucs admirables. What else ?

Pour aller plus loin...
Fanfiction.net, LA base de données de fanfictions en ligne
Étude Fanfiction, un site très complet proposant une étude sociologique sur le phénomène

jeudi 24 avril 2014

De l'art de trouver un (bon) titre


Si vous vous êtes déjà lancé dans la conception d'une œuvre – que ce soit un film, un roman, un poème, un scénario, une BD ou autre – vous avez déjà été confronté à la lourde tâche de trouver un titre pour votre projet. Ça peut paraître une bien mince affaire, genre la petite touche finale après des mois/années/décennies de travail à la sueur de notre front, mais en ce qui me concerne, c'est tout un art. Et c'est difficile. D'autant plus que le titre, c'est le premier contact du vaste monde avec notre œuvre – s'il est moisi, ça va décourager les lecteurs/spectateurs potentiels en moins de deux. Il faut que le titre attise la curiosité du lecteur, qu'il en dévoile juste assez sur l'intrigue pour donner envie sans toutefois spoiler quoi que ce soit.

Du coup, on ne peut qu'admirer les petits génies qui ont pondu des titres absolument mémorables – applaudissements et confettis pour le J'irai cracher sur vos tombes de Boris Vian, une grande óla pour le A Clockwork Orange de Anthony Burgess (Orange Mécanique en français, ce qui sonne pas mal non plus), et une montagne de cupcakes pour Stanley Kubrick et son Dr. Strangelove, Or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb. Voilà le genre de titre qui donne immédiatement envie, vous en conviendrez.


La question du titre, je me la pose sans cesse depuis que j'ai décidé de publier une version papier de mon roman. Jusqu'à présent, il s'appelait Birth of a Pirate. Un titre que je lui avais donné tout au début, alors que je publiais le premier chapitre en ligne – un titre qui m'était venu spontanément, comme ça (en anglais parce que c'est toujours plus classe en anglais, on est d'accord), et que j'ai toujours gardé depuis sans vraiment réfléchir à sa qualité. Lorsque j'ai attaqué le tome 2 de l'histoire, j'ai inventé un titre dans la lignée du premier : A Pirate's life for Jack. Je voulais rester sur de l'anglais, et je voulais réutiliser le mot "pirate", puisque c'est quand même de ça que ça cause.

Sauf que voilà, je ne suis pas convaincue de vouloir/pouvoir garder ce titre pour la publication du livre. Premièrement parce que les titres en anglais prêtent à confusion – on aurait tendance à penser que le contenu du bouquin est en anglais aussi. Deuxièmement parce que même si ça sonne clairement bien, il y a comme un petit côté snob à utiliser la langue de Shakespeare au lieu de notre bon vieux français. Je me retrouve donc à devoir changer de titre, et en même temps ça m'embête : tous mes lecteurs qui avaient suivi l'histoire sur Internet la connaissent sous ce nom de Birth of a Pirate. Ce titre, c'est l'identité du roman, et le changer empêchera les "habitués" de s'y retrouver...

Bref, je suis en pleine recherche d'un nouveau titre. En français, si possible (même si toutes les idées qui me viennent à l'esprit sont systématiquement en anglais, c'est terrible). Se pose aussi la question des "sous-titres" : en effet, je compte publier les deux "tomes" de mon roman en un seul bouquin, avec une division en "Livre I" et "Livre II" (un peu à la Tolkien, oui oui). Il me faut donc un titre général, et éventuellement deux sous-titres pour chacune des deux grandes parties – ce n'est pas obligatoire, mais j'aimerais bien (sauf que ça implique de trouver non pas un, mais trois titres, nom d'une pipe.)


Lors de la sortie en 2011 du bouquin d'Ann C. Crispin The Price of Freedom (qui est, pour dire les choses clairement, une fanfiction au même titre que Birth of a Pirate, sauf qu'elle a été sponsorisée par Disney et se fait des couilles en or avec, la bougresse), j'ai été assez jalouse admirative de son titre. Son roman raconte sensiblement les mêmes événements que le mien (enfin, je parle de la trame générale, à savoir les (més)aventures d'un Jack Sparrow âgé de vingt-cinq ans), et je trouve son titre bien trouvé : l'idée de liberté, qui est finalement un des thèmes phares du roman (et un idéal cher à Jack, déjà à l'époque), et l'idée de prix à payer pour l'aquérir, cette liberté – autre thème essentiel, qui constitue une sorte de fil rouge de l'intrigue. Bref, j'aurais aimé le trouver moi-même, celui-là (il sonne même pas trop mal si on le traduit en français, c'est dire).

Malheureusement, les histoires de prix et de liberté ont déjà été pris, alors il faut que je me creuse les méninges, sans céder à la "facilité" de l'anglais, pour trouver LA bonne idée, celle qui collera exactement à mon histoire, celle qui attirera les lecteurs comme des mouches autour d'une crotte de chien (oui, j'aime les figures de style imagées), celle qui stimulera le mystère sans rien dévoiler... Autant dire que c'est pas simple, tout ça.

Si vous avez des suggestions, je suis preneuse, allez.