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jeudi 14 août 2014

L'art de la documentation

Aaah, la documentation... Étape essentielle si l'on travaille sur toute fiction un tant soit peu historique. (Or, mon roman Birth of a Pirate a beau être basé sur une trilogie de films qui comporte des messieurs à face de poulpe, des pirates zombies et des malédictions aztèques, il n'en reste pas moins que le cadre spatio-temporel, lui, est réel : l'Europe, l'Afrique et les Caraïbes au début du XVIIIe siècle.)

Lorsque j'ai commencé à écrire, la documentation, je n'en avais pas grand-chose à faire (et encore, ceci est un euphémisme). J'écrivais sans rien connaître de plus que les trois films de Verbinski, et je m'en contentais très bien. Et du coup, sans le savoir, j'agrémentais mon récit de tout un tas de petites (voire grosses) incohérences historiques. Ce n'est qu'en commençant un long travail de relecture quelques années plus tard que je m'en suis rendue compte. Quoi, toute une partie de mon histoire se passe au Ghana alors que le Ghana n'existait pas en 1710 ? Comment ça, la durée d'un voyage entre l'Angleterre et l'Afrique de l'Ouest ne dure pas seulement deux malheureuses semaines ? Ah tiens, les concepts d'antisepsie et d'infection bactérienne n'étaient pas encore connus à cette époque ?

Alors je me suis dit qu'il fallait remédier à tout ça – et j'ai commencé à faire des recherches. Je craignais que ce soit un brin fastidieux (après tout, je n'ai jamais été intéressée par mes cours d'histoire au lycée...), mais en fait, ça m'a plu, et pas qu'un peu. Parce que c'étaient des sujets qui m'intéressaient. J'ai toujours été fascinée par l'univers de la piraterie, je voue une passion sans bornes à la marine ancienne, je suis une grande curieuse de l'histoire de la chirurgie ou de l'évolution du système judiciaire au fil des siècles... Alors quand j'ai parcouru des sites Internet et des bouquins (Google Books et la bibliothèque municipale de ma ville sont mes amis) à la pelle pour glaner des infos, j'ai appris un tas de choses passionnantes. 

J'ai exploré la vie quotidienne des marins à bord des navires à voile, et celle des colons sur les îles des Indes Occidentales. J'ai lu des pages et des pages sur l'organisation de la East India Company, sur les principaux repaires de pirates au XVIIIe siècle ou sur le fonctionnement du commerce triangulaire et de l'esclavage. J'ai appris en détail comment on soignait une blessure par balle dans les années 1700, à quoi ressemblaient les comptoirs britanniques fortifiés sur les côtes africaines, quels étaient les différents grades ou les différents châtiments corporels en usage au sein de la Royal Navy. J'ai étudié en long, en large et en travers des centaines de pages Wikipedia, des dizaines d'extraits de bouquins (d'époque ou non) et de sites spécialisés, des centaines de peintures, de gravures ou d'illustrations qui représentaient la réalité de l'époque.


Évidemment, du coup, j'ai appris un nombre de choses assez conséquent. Au final, à peine 10% du fruit de ces recherches figurera tel quel dans Birth of a Pirate. Ce qui, je l'admets, est assez frustrant. Lorsqu'on maîtrise bien un sujet, on a toujours envie de caser tout ce qu'on sait – mais c'est là le danger de la documentation. On écrit un roman, pas une leçon d'histoire. Il faut arriver à disséminer dans notre histoire un petit détail par-ci par-là, qui donneront une impression globale de "Tiens, cette fille sait de quoi elle parle". Un nom de lieu, la description d'un endroit précis, quelques termes techniques de la marine à voile... Le tout sans tomber dans l'étalage de culture (vous savez ce qu'on dit, c'est comme la confiture... Moins on en a, plus on l'étale). 

En ce moment, je suis en pleine relecture de mon roman, et étant donné que j'ai beaucoup plus de connaissances sur tout un tas de sujets qu'auparavant, je suis toujours tentée de rajouter plein de détails dans chacun de mes chapitres (notamment ceux qui traitent de l'esclavage, puisque leur premier jet manquait franchement de précisions). J'essaye constamment de trouver le juste milieu entre ne rien dire et trop en dire. Pas si simple ! (Quand je lis The Price of Freedom d'Ann Crispin, je me dis régulièrement que l'auteur a sans aucun doute fait de grosses recherches. Et pourtant, elle ne raconte pas grand-chose de purement historique dans son bouquin - mais c'est l'impression qui en ressort, et c'est à ça qu'il faudrait arriver.)

Alors voilà – Birth of a Pirate m'aura permis non seulement de progresser en matière d'écriture, mais m'aura aussi permis de devenir une experte ès piraterie et navigation option XVIIIe. (Maintenant, je n'ai plus qu'à mettre la théorie en pratique en embarquant sur un vieux trois-mâts pour une croisière autour du monde. Ma vie sera alors complète.)

samedi 26 juillet 2014

Méthode d'écriture : Questions-réponses

Aujourd'hui on va parler méthode d'écriture, grâce à un petit questionnaire en vogue depuis plusieurs années sur les forums francophones de FF.net. C'est le genre de questions auxquelles j'aime bien répondre – d'une part parce que ça peut éventuellement en intéresser quelques-uns, et surtout parce que ça me permet toujours de prendre du recul par rapport à ma propre façon de faire (qui est parfois totalement instinctive).



Vous avez un plan ?

Au commencement de Birth of a Pirate, je n'avais absolument aucun plan. Je n'avais même pas la moindre idée de la direction qu'allait prendre mon récit, ni même si j'allais en faire quelque chose – j'avais simplement écrit un petit passage que j'avais dans la tête, sans réfléchir à un contexte quelconque. Et puis les choses ont évolué, j'ai décidé que j'allais écrire une fic multi-chapitres, et à partir de ce moment-là j'ai commencé à planifier mon histoire. Pas forcément jusqu'à la fin, mais au moins pour avoir plusieurs chapitres d'avance et une liste des événements clés. Pour certaines scènes, j'ai un plan très détaillé en tête, pour d'autres beaucoup moins, mais en tous cas je sais où je souhaite aller, dans les grandes lignes. Après, tout le plaisir de l'écriture est de "broder" autour de ce fil conducteur : j'invente les dialogues, les descriptions et les détails au fur et à mesure de la rédaction.

Vous le suivez ? 

Dans l'ensemble, oui. Si on ne suit pas son plan, inutile d'en faire un ! Il peut arriver que j'en modifie quelques aspects (parfois, des choses imprévues se passent au moment de l'écriture, de nouvelles idées surgissent et ont une incidence sur la suite...) ou que je change l'ordre des scènes, mais globalement, une fois que mon plan est construit, je m'y tiens.

Vous savez comment va se terminer l'histoire quand vous commencez à poster ?

Pour Birth of a Pirate, comme je le disais, absolument pas. J'ai posté mon chapitre 1 sans savoir s'il y aurait un jour un chapitre 2. Mon intention première était plutôt d'écrire un one-shot, et ce sont les critiques positives de mes lecteurs, qui me demandaient tous une suite, qui m'ont poussée à développer mon histoire... En règle générale, je poste mes fanfics sans trop savoir où je vais (avec éventuellement deux ou trois chapitres d'avance, pas plus). Mais ce n'est pas forcément une bonne méthode, puisqu'on se retrouve parfois bloqué au point de devoir abandonner la fic...

Modifiez-vous souvent l'intrigue en cours de route ? 

L'intrigue globale, pas tellement – comme dit plus haut, j'essaie de respecter mon plan au maximum. Ceci dit, je modifie régulièrement des passages ou des détails de mon histoire après coup : soit parce qu'à la relecture je réalise que telle ou telle partie n'est pas assez (ou trop) développée, soit parce que je me rends compte que le récit comporte des incohérences. Il m'arrive rarement de modifier mon plan général une fois qu'il est construit ; en revanche, j'ai parfois de nouvelles idées qui viennent le compléter en cours de route.

Les commentaires des lecteurs influent-ils sur votre récit ?

Bien sûr. Qu'ils soient positifs ou négatifs, je prends toujours en compte l'avis de mes lecteurs. Les compliments sont un énorme encouragement à continuer l'écriture (relire les commentaires enthousiastes en période de panne d'inspiration peut rebooster la créativité !), et les critiques négatives (du moment qu'elles sont constructives et argumentées) permettent de mettre en évidence les erreurs, défauts et incohérences (sur la forme ou le fond) qui m'avaient échappé. Je ne suis pas toujours d'accord avec les remarques des lecteurs et les décisions finales concernant mon roman m'appartiennent, mais il est essentiel de se questionner sur son travail, et les commentaires sont un excellent moyen de le faire. Je pense que Birth of a Pirate ne serait pas ce qu'il est sans les nombreuses reviews et conseils de mes chers lecteurs.

Écrivez-vous au fur et à mesure des publications ou avez-vous de l'avance ?

Généralement, j'écris au fur et à mesure. Il m'arrive parfois d'avoir deux ou trois chapitres d'avance, mais jamais davantage. La raison principale est que j'aime maintenir un rythme de publication assez soutenu pour ne pas abandonner mes lecteurs trop longtemps, donc la plupart du temps, je poste mon chapitre dès qu'il est terminé. Si j'ai plusieurs chapitres en stock, cependant, je fais tout de même une pause d'au moins une semaine entre chaque nouvelle publication – il faut faire durer le plaisir !

Écrivez-vous les scènes dans l'ordre ?

Le plus souvent, oui : j'écris les scènes dans l'ordre où elles vont apparaître dans mon histoire (ce qui ne correspond pas nécessairement à la chronologie des événements : je suis une grande adepte des flashbacks et des constructions non chronologiques...). Sauf lorsque je bloque sur une scène précise, auquel cas je vais passer directement à la suivante et revenir combler le vide à un autre moment. Ou, si j'ai une soudaine inspiration pour une scène apparaissant beaucoup plus tard dans le roman, je vais avoir tendance à la rédiger "à chaud", profitant de cette belle inspiration avant qu'elle ne disparaisse !

Votre méthode a-t-elle évolué ?

Oui, sur plusieurs points. Premièrement, je construis de plus en plus mes intrigues, je rédige des plans plus détaillés, bref, j'essaie de voir les choses sur le long terme au lieu de me lancer à l'aveuglette. Deuxièmement, je travaille de façon plus organisée, aidée par des documents annexes : des fiches, des chronologies, etc. Et troisièmement, je fais beaucoup plus de recherches historiques pour rendre mes histoires crédibles. À mes débuts, mes fanfics (en tous cas celles qui s'inscrivaient dans une réalité historique, comme l'univers de Pirates of the Caribbean) manquaient cruellement de réalisme... Aujourd'hui, je prends beaucoup de plaisir à me documenter et à rassembler mes recherches pour étoffer mes histoires, en particulier si l'univers m'intéresse réellement (ce qui est sans aucun doute le cas avec le XVIIIe siècle, la navigation et la piraterie !).

Faites-vous des fiches sur les personnages ? 

J'en fais, mais ce ne sont pas ces fiches ultra-détaillées que l'on trouve chez certains auteurs. Les miennes comportent simplement quelques éléments essentiels sur chaque personnage : leur apparence physique, leur rôle dans l'histoire, et les principaux traits de leur caractère. Pour le reste, je préfère laisser vivre mes personnages, les laisser se développer d'eux-mêmes au cours de l'histoire, plutôt que de fixer le moindre détail de leur personnalité dés le départ. Je trouve que des fiches trop poussées rendent les personnages trop "définitifs", sans possibilité d'évolution. Par ailleurs, je ne juge pas nécessaire de faire des fiches sur mes personnages principaux parce que j'ai l'impression de les connaître, de les "sentir", et donc de les écrire sans avoir besoin de référence quelconque – un peu comme s'ils étaient des amis proches ou des membres de ma famille.

Tenez-vous une chronologie ?

Pour les fics multi-chapitres qui se déroulent sur un temps relativement long, oui, je tiens une chronologie des principaux événements. Pour Birth of a Pirate, dont l'intrigue est assez complexe, j'ai même créé un calendrier complet des années 1708 à 1710 afin de pouvoir y référencer tous les éléments importants. Une chronologie me permet notamment de savoir précisément combien de temps s'est écoulé entre deux moments clés (ce qui est essentiel lorsqu'on mentionne des dates précises dans notre histoire : des indications de semaines ou de mois, par exemple). C'est également un outil utile lorsqu'on travaille sur deux (ou plus) intrigues parallèles, puisqu'il devient difficile de savoir comment sont imbriqués les différents événements.

vendredi 9 mai 2014

It's all about Beckett

Pour ne rien vous cacher, ce cher Cutler Beckett (qui n'est pas encore Lord à l'époque où se déroule Birth of a Pirate) est l'un de mes personnages favoris. Pas juste de l'univers de Pirates (dans lequel il EST mon peronnage favori, en dehors bien sûr du one and only Captain Jack Sparrow), mais de la fiction tout court. En règle générale, j'ai une fâcheuse tendance à aimer les "méchants" dans les livres ou les films, et Beckett, c'est du level, mes amis. Un bon vieux bad guy comme on les aime.

Mais ce qui est intéressant avec Beckett, c'est qu'il n'est pas univoque. Les gens ont tendance à simplifier un peu trop le personnage, à en faire un méchant typiquement Disneyien (logique, en même temps : il est dans un film Disney), le genre cruel et machiavélique qui se frotte les mains avec un rire triomphant genre "Je suis le maître du monde muahaha". Un type purement sadique qui tue pour le plaisir et égorge des chatons le weekend. Personnellement, des termes comme "cruel" et "sadique" me dérangent un peu, parce que ce n'est pas comme ça que je vois Beckett. La définition du sadisme, c'est le fait d'éprouver du plaisir à voir ou faire souffrir quelqu'un ; et dans le cas de Beckett, je dirais qu'on est dans le faux.

Alors certes, je ne dis pas que Cutler Beckett est un type bien. Il commet (directement ou indirectement) des atrocités, on est d'accord. En témoigne notamment la scène d'ouverture de At World's End, où l'on assiste à une série de pendaisons à la chaîne, hommes, femmes et même un gamin d'une douzaine d'années – exécutions orchestrées par Beckett en personne, qui sirote tranquillement son thé pendant que ça se passe. Pendre des enfants (pendre des gens tout court, à vrai dire), c'est pas cool. Mais je ne dirais pas pour autant qu'il le fait pour le plaisir. Il le fait parce que c'est son job. C'est la loi. Il attrape un pirate = hop, peine de mort. Je pense que Beckett ne se pose pas la question de savoir si c'est bien ou mal ; il applique, c'est tout. Il respecte les règles officielles, sans chercher plus loin, avec froideur et détachement. C'est un mec totalement dépourvu d'empathie.

On le constate aussi dans le bouquin The Price of Freedom, lorsqu'il parle avec Jack du trafic d'esclaves auquel s'adonne la East India Trading Company ; pour lui, c'est comme si l'être humain n'entrait même pas en ligne de compte. C'est du commerce, point barre. Et c'est lucratif. Donc il le fait, sans aucun scrupule. Encore une fois, ça n'a rien à voir avec de la cruauté –  il n'a pas envie de faire souffrir les esclaves en question. Disons que c'est juste un "dommage collatéral" de son petit business... Tout ce qu'il entreprend, il le voit sous cet angle-là : si c'est conforme à la loi, et si ça rapporte, il le fait. Comme il le dit à plusieurs reprises dans la saga : "It's just good business". C'est exactement ça.

L'affaire avec Jack Sparrow, en revanche... Là, c'est peut-être un peu différent. Parce que – en dépit de ce que Beckett assure à Jack dans les films – c'est personnel. Il y a l'aspect judiciaire et officiel de l'affaire, bien entendu : le "délit" commis par Jack, à savoir libérer les esclaves qu'il était censé transporter à bord de son navire, relève (quoiqu' indirectement) de la piraterie (c'est un acte de vol contre la East India Company, et c'est un acte de vol en mer = piraterie). D'un point de vue légal, donc, Cutler Beckett était en droit, et même en devoir, de punir son employé ; après, pourquoi la marque au fer rouge et pas la pendaison, je n'en sais trop rien. Beckett lui a peut-être fait une fleur – après tout, Jack était pour ainsi dire l'un des siens, il travaillait pour la Company. Eut-il été un "vrai" pirate à l'époque, je pense qu'il n'y aurait pas eu de traitement de faveur qui tienne (si on peut appeler ça comme ça).


Mais il y a aussi, et peut-être surtout, l'aspect personnel de la chose. Après l'histoire des esclaves, Beckett a les boules contre Jack, c'est certain. Dans mon roman, j'ai tenté d'expliquer les raisons de cette rancœur (je vous laisserai les découvrir, ne spoilons pas tout, mes enfants !) ; dans The Price of Freedom, A.C. Crispin propose ses propres raisons, assez différentes mais également valables. Du coup, Beckett a envie de faire payer Jack, envie de se "venger". C'est notamment la raison, à mon sens, pour laquelle il décide de marquer Jack au fer rouge lui-même, plutôt que de laisser la besogne à ses hommes de main (on sait tous que son bras droit Mercer est là pour ce genre de trucs). C'est la manière de Beckett de dire "T'as cru que tu pouvais me couiller, eh ben voilà ce qui arrive." Et là, effectivement, il se pourrait qu'il y éprouve une certaine satisfaction.

(Apprécions au passage la double ironie de toute cette histoire : d'une part, Jack est puni non pas pour un réel crime, mais pour un geste juste, humain et altruiste qui fait définitivement de lui un mec bien ; et d'autre part, avec cette marque, c'est Beckett lui-même qui est responsable de la "carrière" de Jack dans la piraterie... Sans ce 'P' au fer rouge sur le bras qui l'empêchait de toute façon d'exercer une occupation légale et honnête, Jack ne serait peut-être jamais devenu pirate du tout. C'est con, hein ?)

Bref – Cutler Beckett est un bad guy, certes, mais un bad guy complexe, et ça, j'aime bien. Il est méchant, mais dans les limites de la loi, quoi. Officiellement parlant (officiellement selon les standards un brin douteux des années 1710-1720, je précise), il n'a rien fait de répréhensible, jamais. (Non, ce qui était répréhensible, à l'époque, c'était de s'opposer à la traite d'êtres humains, tiens donc.) Inutile de dire que je me suis bien éclatée à écrire les passages de Birth of a Pirate du point de vue interne de ce personnage... D'ailleurs, c'est drôle, parce que le premier chapitre du roman, celui que j'avais écrit de façon quasi-automatique, celui qui était censé être un one-shot sans suite, est écrit du point de vue de Beckett. Spontanément, sans réfléchir à la forme de la narration, c'est dans sa peau à lui que je me suis glissée pour écrire – pas dans celle de Jack, qui serait pourtant le choix le plus évident. Il faut croire que je me plais bien dans la tête de Beckett... Du coup, je ne perds jamais une occasion de rédiger un passage de son point de vue, venant entrecouper le récit principal des aventures de Jack Sparrow. Il est fascinant, que voulez-vous. Chapeau bas, Ted & Terry, pour avoir pondu notre cher Lord à perruque poudrée...

lundi 5 mai 2014

Histoires de couv'

Puisque mon projet Birth of a Pirate sera bientôt complet et prêt à être publié, je me pose régulièrement la question de la couverture. C'est important, une couverture. C'est le premier contact du lecteur avec le livre, c'est l'élément qui peut le pousser à acheter l'ouvrage en question, ou au contraire le faire fuir à grands pas. Et c'est vachement plus difficile à choisir que ça en a l'air.

Comme je suis dessinatrice, naturellement, ma première impulsion a été que j'allais l'illustrer moi-même, cette couv. Après tout, je suis en train de fabriquer ce livre de A à Z avec mes blanches mains, alors ce serait assez classe de boucler la boucle en créant même la couv. Ceci dit, je ne suis pas sûre que mon style de dessin corresponde à ce que je recherche pour ce cas précis. Mon style n'est pas réaliste. Il est plutôt BD franco-belge, voire illustration jeunesse. Et je ne veux pas de feeling "jeunesse" sur la couverture de Birth of a Pirate. Même si le roman peut certainement être lu par des jeunes (tout comme les films de la trilogie Pirates of the Caribbean peuvent être vus par des jeunes), je tiens à me démarquer des bouquins de la série Young Jack Sparrow de Rob Kidd, qui, eux, étaient clairement destinés aux gamins. J'aime à penser (à tort, peut-être) que mon roman à moi peut parler à des adultes autant qu'à des ados, de la mème manière que les films de Gore Verbinski peuvent plaire à tout âge. Je cherche donc une couv' qui serait adaptée à cet aspect "tout public".

Alors si la couv doit comprendre une illustration, je verrais plutôt un style réaliste. Pas photoréaliste, mais en tous cas beaucoup plus réaliste que le mien. L'illustratrice qui me vient spontanément à l'esprit est la très douée Magali Villeneuve (dont je ne pourrai certainement pas me payer les services, on est d'accord). Un exemple de ses travaux :

 © Magali Villeneuve

La question, pour autant que j'engage un illustrateur pour me dessiner ma couv, est : que va-t-il y avoir dessus ? C'est un choix difficile. D'autant plus difficile que depuis que j'ai reçu mon exemplaire de The Price of Freedom de A.C. Crispin, je suis plus ou moins inconsciemment influencée par la couverture ce ce bouquin – elle est sublime, soit dit en passant. Comme avec le titre, c'est le genre de couverture que j'aurais aimé utiliser moi-même si elle n'avait pas déjà été prise. Elle irait parfaitement avec mon roman, puisque les navires et le voyage en mer y occupent une place prépondérante, comme dans toute histoire de pirates digne de ce nom, hein.


Il est intéressant de noter que cette couv, choisie par Disney et représentant le Wicked Wench (le navire de Jack), n'était pas la première version créée. À la base, ils avaient opté pour une illustration en noir et blanc qui représentait un jeune Jack Sparrow à bord d'un navire, avec les traits de Johnny Depp très clairement reconnaissables. Je ne sais pas exactement pourquoi cette version a été abandonnée – je crois que Disney a pensé que ce jeune Jack, qui n'a pas encore le look qu'il a dans les films, ne serait pas identifiable du premier coup d'œil (mais enfin, un navire vu de loin n'est pas non plus reconnaissable du premier coup d'œil, je dirais). Bref, du coup, ils ont mis la fameuse tête de mort sur la quatrième de couv, le logo de la saga Pirates en quelque sorte. (Il me semble avoir lu que la première version a également posé problème à Johnny Depp, qui n'était pas très enthousiaste à l'idée de voir sa propre tête sur le bouquin – mais je ne sais pas si cette rumeur est vraie ou non). Pour ma part, je trouve les deux couv très belles, mais il est clair que le plan d'ensemble sur le Wicked Wench traduit un côté "épique" devantage qu'un plan rapproché sur un personnage.


Au niveau du style d'illustration, je pensais à quelque chose de ce genre pour ma propre couv (mais en couleurs, plutôt). Ceci dit, je pense que je préfère un plan d'ensemble, un "décor", plutôt qu'un personnage ou une scène du bouquin. C'est comme pour les affiches de films : je préfère quand on voit quelque chose de plus général, et pas les têtes des acteurs alignées en haut de l'affiche. 

Mais en termes de décor, que choisir ? Le bateau, c'est hors de question, je ne vais pas reprendre l'idée de The Price of Freedom (eh merde, si j'avais publié mon roman plus vite et avant celui d'Ann Crispin, j'aurais eu la voie libre !). Alors quoi ? Quels sont les lieux emblématiques de Birth of a Pirate, ou tout simplement les lieux où se déroule l'action ? Nous avons Shipwreck Cove (mais le lieu joue un rôle assez secondaire dans le bouquin). Nous avons les îles caraïbes, avec cocotiers et sable blanc (mais ça ferait ressembler le livre à une brochure d'agence de voyage). Nous avons les rues pluvieuses de Londres (mais Jack quitte Londres vite fait bien fait après les premiers chapitres, et Londres n'est pas un décor très piratesque, avouons-le). Hélas, le plus clair de l'action se passe à bord de divers navires – le Wench, le Pearl, le Juggernaut, et tous les autres bateaux sur lesquels Jack passe plus ou moins de temps au cours de ses aventures. Une fois les navires rayés de la liste, il ne reste plus quarante solutions... Et il faut tout de même que le lieu représenté ait une raison d'être, une vraie signification. S'il s'agit d'un endroit où le roman ne s'attarde pas plus que cinq minutes, ce n'est pas la peine. Pour le moment, j'ai beau chercher, le décor parfait pour la couv ne me vient pas à l'esprit.

Et si je décide d'oublier l'idée du décor, alors quoi ? Dois-je faire la part belle aux personnages sur la couverture du roman ? Faut-il que Jack Sparrow en soit le point central, et si oui, à quelle étape de l'histoire doit-on le représenter ? On a le Jack employé de la East India Trading Company, en uniforme bleu et blanc, les cheveux bien sagement attachés dans la nuque. Ou alors le Jack post-East India Co., celui qui commence à fréquenter le milieu de la flibuste et qui troque l'uniforme contre chemises en lin, pantalons à rayures et bottes à revers. Lequel choisir ? Et quid des autres personnages susceptibles d'apparaître sur la couv ? Beckett, Bill Turner, Barbossa, Teague, Davy Jones... Autant de personnages qui pourraient y figurer, sans compter les personnages que j'ai créés moi-même et qui ont également un rôle important à jouer dans le roman. Mais je suis assez réticente à l'idée de représenter des personnages sur la couv. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j'ai l'impression qu'il y a un côté "jeunesse" qui transparaît très souvent de couvertures "à personnages"...

Je me suis même demandé si une illustration est la bonne solution tout court. Généralement, en matière de graphisme, je suis assez adepte du less is more, de lignes très épurées, de polices de caractère simples et sans fioritures. Puisque j'aimerais que la couverture de Birth of a Pirate soit dirigée (aussi, voire avant tout) vers un public adulte, serait-il judicieux d'opter pour une couv sans image, avec juste du texte et un peu de graphisme, à l'image de nombreux livres de poche pour adultes ? Un truc comme ceci, par exemple :

  

C'est simple, c'est joli, c'est efficace, c'est tout ce que j'aime. Mais encore une fois, je m'interroge... Une couv de ce genre ne perdrait-elle pas l'aspect tout public/avenure/Disney du roman ? Après tout, on parle de Pirates of the Caribbean. On parle de pirates, de bateaux, de monstres marins, d'aventures et d'humour, destinés aux grands et aux petits. Avec une couverture très sobre comme les deux ci-dessus, je vise clairement les adultes, mais je perds les ados et les plus jeunes, c'est quasi-certain. Je pense que ce genre de couv ne correspond pas à l'univers, à la "ligne éditoriale" de la saga Pirates.

Bref, beaucoup de questions et beaucoup de prise de tête, et aucune réponse pour le moment ! Il faut que je prenne le temps de réfléchir, de faire des croquis, d'en parler autour de moi (bien que pour l'instant, je tente de garder le secret sur cette publication, c'est la surpriiise !). Je finirai bien par trouver. En attendant, comme toujours, toute suggestion est la bienvenue !

jeudi 24 avril 2014

De l'art de trouver un (bon) titre


Si vous vous êtes déjà lancé dans la conception d'une œuvre – que ce soit un film, un roman, un poème, un scénario, une BD ou autre – vous avez déjà été confronté à la lourde tâche de trouver un titre pour votre projet. Ça peut paraître une bien mince affaire, genre la petite touche finale après des mois/années/décennies de travail à la sueur de notre front, mais en ce qui me concerne, c'est tout un art. Et c'est difficile. D'autant plus que le titre, c'est le premier contact du vaste monde avec notre œuvre – s'il est moisi, ça va décourager les lecteurs/spectateurs potentiels en moins de deux. Il faut que le titre attise la curiosité du lecteur, qu'il en dévoile juste assez sur l'intrigue pour donner envie sans toutefois spoiler quoi que ce soit.

Du coup, on ne peut qu'admirer les petits génies qui ont pondu des titres absolument mémorables – applaudissements et confettis pour le J'irai cracher sur vos tombes de Boris Vian, une grande óla pour le A Clockwork Orange de Anthony Burgess (Orange Mécanique en français, ce qui sonne pas mal non plus), et une montagne de cupcakes pour Stanley Kubrick et son Dr. Strangelove, Or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb. Voilà le genre de titre qui donne immédiatement envie, vous en conviendrez.


La question du titre, je me la pose sans cesse depuis que j'ai décidé de publier une version papier de mon roman. Jusqu'à présent, il s'appelait Birth of a Pirate. Un titre que je lui avais donné tout au début, alors que je publiais le premier chapitre en ligne – un titre qui m'était venu spontanément, comme ça (en anglais parce que c'est toujours plus classe en anglais, on est d'accord), et que j'ai toujours gardé depuis sans vraiment réfléchir à sa qualité. Lorsque j'ai attaqué le tome 2 de l'histoire, j'ai inventé un titre dans la lignée du premier : A Pirate's life for Jack. Je voulais rester sur de l'anglais, et je voulais réutiliser le mot "pirate", puisque c'est quand même de ça que ça cause.

Sauf que voilà, je ne suis pas convaincue de vouloir/pouvoir garder ce titre pour la publication du livre. Premièrement parce que les titres en anglais prêtent à confusion – on aurait tendance à penser que le contenu du bouquin est en anglais aussi. Deuxièmement parce que même si ça sonne clairement bien, il y a comme un petit côté snob à utiliser la langue de Shakespeare au lieu de notre bon vieux français. Je me retrouve donc à devoir changer de titre, et en même temps ça m'embête : tous mes lecteurs qui avaient suivi l'histoire sur Internet la connaissent sous ce nom de Birth of a Pirate. Ce titre, c'est l'identité du roman, et le changer empêchera les "habitués" de s'y retrouver...

Bref, je suis en pleine recherche d'un nouveau titre. En français, si possible (même si toutes les idées qui me viennent à l'esprit sont systématiquement en anglais, c'est terrible). Se pose aussi la question des "sous-titres" : en effet, je compte publier les deux "tomes" de mon roman en un seul bouquin, avec une division en "Livre I" et "Livre II" (un peu à la Tolkien, oui oui). Il me faut donc un titre général, et éventuellement deux sous-titres pour chacune des deux grandes parties – ce n'est pas obligatoire, mais j'aimerais bien (sauf que ça implique de trouver non pas un, mais trois titres, nom d'une pipe.)


Lors de la sortie en 2011 du bouquin d'Ann C. Crispin The Price of Freedom (qui est, pour dire les choses clairement, une fanfiction au même titre que Birth of a Pirate, sauf qu'elle a été sponsorisée par Disney et se fait des couilles en or avec, la bougresse), j'ai été assez jalouse admirative de son titre. Son roman raconte sensiblement les mêmes événements que le mien (enfin, je parle de la trame générale, à savoir les (més)aventures d'un Jack Sparrow âgé de vingt-cinq ans), et je trouve son titre bien trouvé : l'idée de liberté, qui est finalement un des thèmes phares du roman (et un idéal cher à Jack, déjà à l'époque), et l'idée de prix à payer pour l'aquérir, cette liberté – autre thème essentiel, qui constitue une sorte de fil rouge de l'intrigue. Bref, j'aurais aimé le trouver moi-même, celui-là (il sonne même pas trop mal si on le traduit en français, c'est dire).

Malheureusement, les histoires de prix et de liberté ont déjà été pris, alors il faut que je me creuse les méninges, sans céder à la "facilité" de l'anglais, pour trouver LA bonne idée, celle qui collera exactement à mon histoire, celle qui attirera les lecteurs comme des mouches autour d'une crotte de chien (oui, j'aime les figures de style imagées), celle qui stimulera le mystère sans rien dévoiler... Autant dire que c'est pas simple, tout ça.

Si vous avez des suggestions, je suis preneuse, allez.