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jeudi 14 août 2014

L'art de la documentation

Aaah, la documentation... Étape essentielle si l'on travaille sur toute fiction un tant soit peu historique. (Or, mon roman Birth of a Pirate a beau être basé sur une trilogie de films qui comporte des messieurs à face de poulpe, des pirates zombies et des malédictions aztèques, il n'en reste pas moins que le cadre spatio-temporel, lui, est réel : l'Europe, l'Afrique et les Caraïbes au début du XVIIIe siècle.)

Lorsque j'ai commencé à écrire, la documentation, je n'en avais pas grand-chose à faire (et encore, ceci est un euphémisme). J'écrivais sans rien connaître de plus que les trois films de Verbinski, et je m'en contentais très bien. Et du coup, sans le savoir, j'agrémentais mon récit de tout un tas de petites (voire grosses) incohérences historiques. Ce n'est qu'en commençant un long travail de relecture quelques années plus tard que je m'en suis rendue compte. Quoi, toute une partie de mon histoire se passe au Ghana alors que le Ghana n'existait pas en 1710 ? Comment ça, la durée d'un voyage entre l'Angleterre et l'Afrique de l'Ouest ne dure pas seulement deux malheureuses semaines ? Ah tiens, les concepts d'antisepsie et d'infection bactérienne n'étaient pas encore connus à cette époque ?

Alors je me suis dit qu'il fallait remédier à tout ça – et j'ai commencé à faire des recherches. Je craignais que ce soit un brin fastidieux (après tout, je n'ai jamais été intéressée par mes cours d'histoire au lycée...), mais en fait, ça m'a plu, et pas qu'un peu. Parce que c'étaient des sujets qui m'intéressaient. J'ai toujours été fascinée par l'univers de la piraterie, je voue une passion sans bornes à la marine ancienne, je suis une grande curieuse de l'histoire de la chirurgie ou de l'évolution du système judiciaire au fil des siècles... Alors quand j'ai parcouru des sites Internet et des bouquins (Google Books et la bibliothèque municipale de ma ville sont mes amis) à la pelle pour glaner des infos, j'ai appris un tas de choses passionnantes. 

J'ai exploré la vie quotidienne des marins à bord des navires à voile, et celle des colons sur les îles des Indes Occidentales. J'ai lu des pages et des pages sur l'organisation de la East India Company, sur les principaux repaires de pirates au XVIIIe siècle ou sur le fonctionnement du commerce triangulaire et de l'esclavage. J'ai appris en détail comment on soignait une blessure par balle dans les années 1700, à quoi ressemblaient les comptoirs britanniques fortifiés sur les côtes africaines, quels étaient les différents grades ou les différents châtiments corporels en usage au sein de la Royal Navy. J'ai étudié en long, en large et en travers des centaines de pages Wikipedia, des dizaines d'extraits de bouquins (d'époque ou non) et de sites spécialisés, des centaines de peintures, de gravures ou d'illustrations qui représentaient la réalité de l'époque.


Évidemment, du coup, j'ai appris un nombre de choses assez conséquent. Au final, à peine 10% du fruit de ces recherches figurera tel quel dans Birth of a Pirate. Ce qui, je l'admets, est assez frustrant. Lorsqu'on maîtrise bien un sujet, on a toujours envie de caser tout ce qu'on sait – mais c'est là le danger de la documentation. On écrit un roman, pas une leçon d'histoire. Il faut arriver à disséminer dans notre histoire un petit détail par-ci par-là, qui donneront une impression globale de "Tiens, cette fille sait de quoi elle parle". Un nom de lieu, la description d'un endroit précis, quelques termes techniques de la marine à voile... Le tout sans tomber dans l'étalage de culture (vous savez ce qu'on dit, c'est comme la confiture... Moins on en a, plus on l'étale). 

En ce moment, je suis en pleine relecture de mon roman, et étant donné que j'ai beaucoup plus de connaissances sur tout un tas de sujets qu'auparavant, je suis toujours tentée de rajouter plein de détails dans chacun de mes chapitres (notamment ceux qui traitent de l'esclavage, puisque leur premier jet manquait franchement de précisions). J'essaye constamment de trouver le juste milieu entre ne rien dire et trop en dire. Pas si simple ! (Quand je lis The Price of Freedom d'Ann Crispin, je me dis régulièrement que l'auteur a sans aucun doute fait de grosses recherches. Et pourtant, elle ne raconte pas grand-chose de purement historique dans son bouquin - mais c'est l'impression qui en ressort, et c'est à ça qu'il faudrait arriver.)

Alors voilà – Birth of a Pirate m'aura permis non seulement de progresser en matière d'écriture, mais m'aura aussi permis de devenir une experte ès piraterie et navigation option XVIIIe. (Maintenant, je n'ai plus qu'à mettre la théorie en pratique en embarquant sur un vieux trois-mâts pour une croisière autour du monde. Ma vie sera alors complète.)

samedi 26 juillet 2014

Méthode d'écriture : Questions-réponses

Aujourd'hui on va parler méthode d'écriture, grâce à un petit questionnaire en vogue depuis plusieurs années sur les forums francophones de FF.net. C'est le genre de questions auxquelles j'aime bien répondre – d'une part parce que ça peut éventuellement en intéresser quelques-uns, et surtout parce que ça me permet toujours de prendre du recul par rapport à ma propre façon de faire (qui est parfois totalement instinctive).



Vous avez un plan ?

Au commencement de Birth of a Pirate, je n'avais absolument aucun plan. Je n'avais même pas la moindre idée de la direction qu'allait prendre mon récit, ni même si j'allais en faire quelque chose – j'avais simplement écrit un petit passage que j'avais dans la tête, sans réfléchir à un contexte quelconque. Et puis les choses ont évolué, j'ai décidé que j'allais écrire une fic multi-chapitres, et à partir de ce moment-là j'ai commencé à planifier mon histoire. Pas forcément jusqu'à la fin, mais au moins pour avoir plusieurs chapitres d'avance et une liste des événements clés. Pour certaines scènes, j'ai un plan très détaillé en tête, pour d'autres beaucoup moins, mais en tous cas je sais où je souhaite aller, dans les grandes lignes. Après, tout le plaisir de l'écriture est de "broder" autour de ce fil conducteur : j'invente les dialogues, les descriptions et les détails au fur et à mesure de la rédaction.

Vous le suivez ? 

Dans l'ensemble, oui. Si on ne suit pas son plan, inutile d'en faire un ! Il peut arriver que j'en modifie quelques aspects (parfois, des choses imprévues se passent au moment de l'écriture, de nouvelles idées surgissent et ont une incidence sur la suite...) ou que je change l'ordre des scènes, mais globalement, une fois que mon plan est construit, je m'y tiens.

Vous savez comment va se terminer l'histoire quand vous commencez à poster ?

Pour Birth of a Pirate, comme je le disais, absolument pas. J'ai posté mon chapitre 1 sans savoir s'il y aurait un jour un chapitre 2. Mon intention première était plutôt d'écrire un one-shot, et ce sont les critiques positives de mes lecteurs, qui me demandaient tous une suite, qui m'ont poussée à développer mon histoire... En règle générale, je poste mes fanfics sans trop savoir où je vais (avec éventuellement deux ou trois chapitres d'avance, pas plus). Mais ce n'est pas forcément une bonne méthode, puisqu'on se retrouve parfois bloqué au point de devoir abandonner la fic...

Modifiez-vous souvent l'intrigue en cours de route ? 

L'intrigue globale, pas tellement – comme dit plus haut, j'essaie de respecter mon plan au maximum. Ceci dit, je modifie régulièrement des passages ou des détails de mon histoire après coup : soit parce qu'à la relecture je réalise que telle ou telle partie n'est pas assez (ou trop) développée, soit parce que je me rends compte que le récit comporte des incohérences. Il m'arrive rarement de modifier mon plan général une fois qu'il est construit ; en revanche, j'ai parfois de nouvelles idées qui viennent le compléter en cours de route.

Les commentaires des lecteurs influent-ils sur votre récit ?

Bien sûr. Qu'ils soient positifs ou négatifs, je prends toujours en compte l'avis de mes lecteurs. Les compliments sont un énorme encouragement à continuer l'écriture (relire les commentaires enthousiastes en période de panne d'inspiration peut rebooster la créativité !), et les critiques négatives (du moment qu'elles sont constructives et argumentées) permettent de mettre en évidence les erreurs, défauts et incohérences (sur la forme ou le fond) qui m'avaient échappé. Je ne suis pas toujours d'accord avec les remarques des lecteurs et les décisions finales concernant mon roman m'appartiennent, mais il est essentiel de se questionner sur son travail, et les commentaires sont un excellent moyen de le faire. Je pense que Birth of a Pirate ne serait pas ce qu'il est sans les nombreuses reviews et conseils de mes chers lecteurs.

Écrivez-vous au fur et à mesure des publications ou avez-vous de l'avance ?

Généralement, j'écris au fur et à mesure. Il m'arrive parfois d'avoir deux ou trois chapitres d'avance, mais jamais davantage. La raison principale est que j'aime maintenir un rythme de publication assez soutenu pour ne pas abandonner mes lecteurs trop longtemps, donc la plupart du temps, je poste mon chapitre dès qu'il est terminé. Si j'ai plusieurs chapitres en stock, cependant, je fais tout de même une pause d'au moins une semaine entre chaque nouvelle publication – il faut faire durer le plaisir !

Écrivez-vous les scènes dans l'ordre ?

Le plus souvent, oui : j'écris les scènes dans l'ordre où elles vont apparaître dans mon histoire (ce qui ne correspond pas nécessairement à la chronologie des événements : je suis une grande adepte des flashbacks et des constructions non chronologiques...). Sauf lorsque je bloque sur une scène précise, auquel cas je vais passer directement à la suivante et revenir combler le vide à un autre moment. Ou, si j'ai une soudaine inspiration pour une scène apparaissant beaucoup plus tard dans le roman, je vais avoir tendance à la rédiger "à chaud", profitant de cette belle inspiration avant qu'elle ne disparaisse !

Votre méthode a-t-elle évolué ?

Oui, sur plusieurs points. Premièrement, je construis de plus en plus mes intrigues, je rédige des plans plus détaillés, bref, j'essaie de voir les choses sur le long terme au lieu de me lancer à l'aveuglette. Deuxièmement, je travaille de façon plus organisée, aidée par des documents annexes : des fiches, des chronologies, etc. Et troisièmement, je fais beaucoup plus de recherches historiques pour rendre mes histoires crédibles. À mes débuts, mes fanfics (en tous cas celles qui s'inscrivaient dans une réalité historique, comme l'univers de Pirates of the Caribbean) manquaient cruellement de réalisme... Aujourd'hui, je prends beaucoup de plaisir à me documenter et à rassembler mes recherches pour étoffer mes histoires, en particulier si l'univers m'intéresse réellement (ce qui est sans aucun doute le cas avec le XVIIIe siècle, la navigation et la piraterie !).

Faites-vous des fiches sur les personnages ? 

J'en fais, mais ce ne sont pas ces fiches ultra-détaillées que l'on trouve chez certains auteurs. Les miennes comportent simplement quelques éléments essentiels sur chaque personnage : leur apparence physique, leur rôle dans l'histoire, et les principaux traits de leur caractère. Pour le reste, je préfère laisser vivre mes personnages, les laisser se développer d'eux-mêmes au cours de l'histoire, plutôt que de fixer le moindre détail de leur personnalité dés le départ. Je trouve que des fiches trop poussées rendent les personnages trop "définitifs", sans possibilité d'évolution. Par ailleurs, je ne juge pas nécessaire de faire des fiches sur mes personnages principaux parce que j'ai l'impression de les connaître, de les "sentir", et donc de les écrire sans avoir besoin de référence quelconque – un peu comme s'ils étaient des amis proches ou des membres de ma famille.

Tenez-vous une chronologie ?

Pour les fics multi-chapitres qui se déroulent sur un temps relativement long, oui, je tiens une chronologie des principaux événements. Pour Birth of a Pirate, dont l'intrigue est assez complexe, j'ai même créé un calendrier complet des années 1708 à 1710 afin de pouvoir y référencer tous les éléments importants. Une chronologie me permet notamment de savoir précisément combien de temps s'est écoulé entre deux moments clés (ce qui est essentiel lorsqu'on mentionne des dates précises dans notre histoire : des indications de semaines ou de mois, par exemple). C'est également un outil utile lorsqu'on travaille sur deux (ou plus) intrigues parallèles, puisqu'il devient difficile de savoir comment sont imbriqués les différents événements.

dimanche 4 mai 2014

Éloge de la fanfiction (ou presque)


(Pour ceux qui ne savent même pas ce qu'est la fanfiction, je vous 
conseille de commencer par aller lire ceci, bande de fossiles.)

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je préciserai une chose : j'ai beau dire du mal de beaucoup d'aspects de la fanfiction, je reste persuadée que c'est un merveilleux moyen de travailler son imagination et son écriture, et je trouve que la rédaction d'une fanfic, que ce soit par un débutant total ou un auteur confirmé, est une excellente chose que j'encourage vivement. (Même si le résultat est merdique. You tried.)

Ceci étant dit, je peux balancer sec et être méchante. Allons-y.

Lorsqu'on raconte à quelqu'un que l'on lit – ou pire, que l'on écrit ! – de la fanfiction, il y a deux grands types de réaction. La première, c'est "Bwahaha, trop pourri la fanfiction, c'est un truc d'ado hystérique, c'est pathétique, c'est moche, c'est mal écrit, c'est de la merde, tais-toi et meurs". La seconde – et elle est encore trop rare à mon goût – c'est un "Oh tiens ?" intéressé, tout du moins aussi intéressé que si on avait parlé de "vraie" littérature, j'entends par là de littérature "originale" (et encore, le terme se discute). Et ces deux réactions sont finalement assez légitimes – le problème, c'est que la première revient quand même vachement plus fréquemment que la deuxième. M'enfin bon, pas tout à fait à tort : en fanfiction, on trouve le meilleur comme le pire. C'est comme le shopping chez H&M : il faut fouiller dans la masse des trucs nazes pour en tirer LA pièce de qualité, et parfois, on est découragé devant l'ampleur de la tâche.

C'est sûr, de la merde, il y en a. Une bonne partie des fanfictions est écrite par des petites fangirls (oui, 95% des auteurs de fanfic sont des filles, que voulez-vous...) de 12-13 ans, qui vont vous rédiger leur histoire en langage quasi-SMS, bourré de fautes d'orthographe et avec une syntaxe déplorable, avec pour seule idée d'assouvir leurs fantasmes plus ou moins avoués sur leurs personnages de fiction favoris. Et quand je dis fantasme, je ne parle pas d'amourette mignonnette adaptée à leur âge, je parle de porno pur et dur. Oui, ce sont souvent les nénettes de 14 ans qui vont détailler sur trente page les ébats torrides de Bella et Edwââârd ou de Harry Potter et Draco Malfoy (ai-je mentionné que les auteurs de fanfiction ont le chic de mettre de l'homosexualité partout où il n'y en a pas ? Tout le monde baise avec tout le monde, et entre hommes, c'est encore mieux). Alors évidemment, pour peu que nous, lecteurs, ayons plus de 13 ans et un minimum de jugeotte littéraire, nous levons les yeux au ciel devant tant de médiocrité, tant sur la forme que sur le fond (je ne saurais dire laquelle des deux peut être le plus terrible, les deux atteignent parfois des sommets assez impressionnants).


Mais voilà, la fanfiction, ce n'est pas que ça. Ce n'est pas seulement le rendez-vous sexuel des fans de Twilight. C'est aussi un excellent moyen de créativité, que ce soit pour les auteurs débutants ou confirmés, amateurs ou professionnels. Les gens pensent que nous écrivons de la fanfiction parce que nous sommes incapables de créer nos propres personnages, notre propre univers. C'est faux. La fanfiction est un choix, pas une solution de repli (certains écrivains publiés et célèbres continuent d'ailleurs à en écrire, juste pour le plaisir). C'est l'envie d'explorer plus en profondeur les personnages qu'on apprécie, de répondre à des questions que l'œuvre d'origine a laissées dans le vague, d'écrire une suite, un prequel, une scène coupée, de réécrire l'histoire du point de vue d'un autre personnage, de partir sur des "Et si...", d'inventer quelque chose de tout nouveau en se basant sur un univers que l'on connaît et que l'on aime. Et le résultat est parfois excellent, il n'y a pas d'autres mots. Qu'on se le dise : j'ai lu sur Internet des fanfics vingt fois supérieures, tant au niveau de l'histoire que du style, à certains ouvrages publiés (Stephenie Meyer, je te parle). J'ai dévoré des fanfictions avec le même enthousiasme que pour mes bouquins préférés, j'ai guetté les mises à jour avec la même impatience que s'il s'agissait d'un épisode de Game of Thrones, j'ai rigolé, j'ai versé ma petite larmichette, j'ai commenté, critiqué, reviewé, adoré.

Alors oui, toute fanfiction n'est pas de la littérature. Parfois, c'est de la daube. Mais parfois, c'est de l'art. Et par moments, la frontière entre fanfiction et fiction originale est difficile à discerner. Prenons ces bouquins "Univers étendu", qui suivent presque immanquablement toute œuvre ou saga à succès : les BD sur Star Wars, les romans sur Pirates of the Caribbean, les innombrables suites à Pride and Prejudice de Jane Austen... Ce sont des ouvrages publiés, souvent commandités. Les auteurs sont payés pour. Et pourtant, c'est bien de fanfiction qu'il s'agit, n'est-ce pas ? C'est de la fiction écrite par, et pour, les fans. C'est une histoire reprenant un univers et des personnages déjà existants. Beaucoup n'acceptent pas cette appellation, parce que beaucoup considèrent le terme "fanfiction" comme étant péjoratif – comme s'il impliquait nécessairement un côté cheap,  bâclé, amateur. Mais non. Une bonne fanfiction peut être de qualité équivalente à la meilleure des œuvres originales. Et les meilleures fanfictions ne sont d'ailleurs souvent pas celles qui sont officiellement publiées, mais celles qui restent dans l'ombre et l'anonymat.

Et que dire, alors, de sagas à succès telles que le (tristement) fameux Fifty Shades of Grey, qui était au départ, ne l'oublions pas, une fanfiction sur Twilight publiée par une jeune femme sur Internet comme dix mille autres fanfics du même acabit ? Les amateurs de cette sous-littérature érotico-SM (atrocement mal écrite, soit dit en passant) ont l'air d'avoir soigneusement oublié que leurs héros favoris s'appelaient autrefois Edward Cullen et Bella Swan, alias le vampire-à-paillettes et la fille-mono-expression-faciale. On nous a vendu la trilogie Fifty Shades comme LA nouveauté de la décennie, alors que E.L. James n'était qu'une fangirl en manque d'histoires de cul qui assouvit ses fantasmes Twilight-esques sur le beau Edwââârd en écrivant du sado-maso. Trois mois plus tard c'était un best-seller international. Allez savoir.


Ainsi, à tous ceux qui appartiennent à la première catégorie dont je parlais plus haut (vous savez, la catégorie de "Bwahaha, trop pourri la fanfiction, c'est un truc d'ado hystérique, c'est pathétique, c'est moche, c'est mal écrit, c'est de la merde, tais-toi et meurs"), je dis : OUI, je lis de la fanfiction. Et OUI, j'en écris. Non seulement j'en écris, mais j'ai écrit un putain de roman de fanfiction. Et j'en suis fière. Aussi fière que si j'avais pondu un roman original, aussi fière que si tous les personnages et tout l'univers venaient de moi. Parce que ça reste de la création. Ça reste un exercice de style. L'imagination est tout aussi nécessaire, et les aptitudes littéraires aussi (en toute humilité, hein). Certes, les personnages sont déjà là (enfin, certains d'entre eux), certes, le cadre spatio-temporel a été défini au préalable. Mais il n'en reste pas moins que j'ai mené mes recherches, rassemblé ma documentation, développé la psychologie de mes personnages (justement pour ne pas faire un simple copié-collé de ce qu'on me servait sur un plateau dans l'œuvre d'origine), fait fonctionner mes méninges pour inventer une trame, des péripéties, des aventures. Bref, j'ai bossé. Sans doute autant, même si différemment, que si j'avais créé mon roman de A à Z sans base existante.

Voilà. Je tenais à remettre les pendules à l'heure sur tout le bien (et tout le mal) que je pense de la pratique de la fanfiction. Libres à vous de vous y intéresser ou pas, chers amis, mais dépassez vos a priori : fanfic ne rime pas systématiquement avec ado attardé, fantasmes douteux, personnages gays-alors-qu'à-la-base-non et vampires de Twilight. Et si certains auteurs se font des couilles en or en publiant de la "fanfiction officielle" de qualité plus ou moins respectable, beaucoup en écrivent pour le plaisir, s'éclatent comme des petits fous, et pondent des trucs admirables. What else ?

Pour aller plus loin...
Fanfiction.net, LA base de données de fanfictions en ligne
Étude Fanfiction, un site très complet proposant une étude sociologique sur le phénomène

jeudi 24 avril 2014

De l'art de trouver un (bon) titre


Si vous vous êtes déjà lancé dans la conception d'une œuvre – que ce soit un film, un roman, un poème, un scénario, une BD ou autre – vous avez déjà été confronté à la lourde tâche de trouver un titre pour votre projet. Ça peut paraître une bien mince affaire, genre la petite touche finale après des mois/années/décennies de travail à la sueur de notre front, mais en ce qui me concerne, c'est tout un art. Et c'est difficile. D'autant plus que le titre, c'est le premier contact du vaste monde avec notre œuvre – s'il est moisi, ça va décourager les lecteurs/spectateurs potentiels en moins de deux. Il faut que le titre attise la curiosité du lecteur, qu'il en dévoile juste assez sur l'intrigue pour donner envie sans toutefois spoiler quoi que ce soit.

Du coup, on ne peut qu'admirer les petits génies qui ont pondu des titres absolument mémorables – applaudissements et confettis pour le J'irai cracher sur vos tombes de Boris Vian, une grande óla pour le A Clockwork Orange de Anthony Burgess (Orange Mécanique en français, ce qui sonne pas mal non plus), et une montagne de cupcakes pour Stanley Kubrick et son Dr. Strangelove, Or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb. Voilà le genre de titre qui donne immédiatement envie, vous en conviendrez.


La question du titre, je me la pose sans cesse depuis que j'ai décidé de publier une version papier de mon roman. Jusqu'à présent, il s'appelait Birth of a Pirate. Un titre que je lui avais donné tout au début, alors que je publiais le premier chapitre en ligne – un titre qui m'était venu spontanément, comme ça (en anglais parce que c'est toujours plus classe en anglais, on est d'accord), et que j'ai toujours gardé depuis sans vraiment réfléchir à sa qualité. Lorsque j'ai attaqué le tome 2 de l'histoire, j'ai inventé un titre dans la lignée du premier : A Pirate's life for Jack. Je voulais rester sur de l'anglais, et je voulais réutiliser le mot "pirate", puisque c'est quand même de ça que ça cause.

Sauf que voilà, je ne suis pas convaincue de vouloir/pouvoir garder ce titre pour la publication du livre. Premièrement parce que les titres en anglais prêtent à confusion – on aurait tendance à penser que le contenu du bouquin est en anglais aussi. Deuxièmement parce que même si ça sonne clairement bien, il y a comme un petit côté snob à utiliser la langue de Shakespeare au lieu de notre bon vieux français. Je me retrouve donc à devoir changer de titre, et en même temps ça m'embête : tous mes lecteurs qui avaient suivi l'histoire sur Internet la connaissent sous ce nom de Birth of a Pirate. Ce titre, c'est l'identité du roman, et le changer empêchera les "habitués" de s'y retrouver...

Bref, je suis en pleine recherche d'un nouveau titre. En français, si possible (même si toutes les idées qui me viennent à l'esprit sont systématiquement en anglais, c'est terrible). Se pose aussi la question des "sous-titres" : en effet, je compte publier les deux "tomes" de mon roman en un seul bouquin, avec une division en "Livre I" et "Livre II" (un peu à la Tolkien, oui oui). Il me faut donc un titre général, et éventuellement deux sous-titres pour chacune des deux grandes parties – ce n'est pas obligatoire, mais j'aimerais bien (sauf que ça implique de trouver non pas un, mais trois titres, nom d'une pipe.)


Lors de la sortie en 2011 du bouquin d'Ann C. Crispin The Price of Freedom (qui est, pour dire les choses clairement, une fanfiction au même titre que Birth of a Pirate, sauf qu'elle a été sponsorisée par Disney et se fait des couilles en or avec, la bougresse), j'ai été assez jalouse admirative de son titre. Son roman raconte sensiblement les mêmes événements que le mien (enfin, je parle de la trame générale, à savoir les (més)aventures d'un Jack Sparrow âgé de vingt-cinq ans), et je trouve son titre bien trouvé : l'idée de liberté, qui est finalement un des thèmes phares du roman (et un idéal cher à Jack, déjà à l'époque), et l'idée de prix à payer pour l'aquérir, cette liberté – autre thème essentiel, qui constitue une sorte de fil rouge de l'intrigue. Bref, j'aurais aimé le trouver moi-même, celui-là (il sonne même pas trop mal si on le traduit en français, c'est dire).

Malheureusement, les histoires de prix et de liberté ont déjà été pris, alors il faut que je me creuse les méninges, sans céder à la "facilité" de l'anglais, pour trouver LA bonne idée, celle qui collera exactement à mon histoire, celle qui attirera les lecteurs comme des mouches autour d'une crotte de chien (oui, j'aime les figures de style imagées), celle qui stimulera le mystère sans rien dévoiler... Autant dire que c'est pas simple, tout ça.

Si vous avez des suggestions, je suis preneuse, allez.